Tom Dolan frappe juste d’entrée de jeu

Tom Dolan frappe juste d’entrée de jeu

Ce jeudi 21 mai, Tom Dolan a remporté la première étape de la 57e édition de La Solitaire du Figaro Paprec (sa troisième depuis son arrivée sur le circuit), concluant de la plus belle des manières une course exigeante entre Perros-Guirec et le nord-ouest de la péninsule ibérique. Raccourcie d’une soixantaine de milles en raison d’une vaste zone sans vent étirée le long des côtes espagnoles, cette manche n’en a pas moins tenu toutes ses promesses : du près, un passage de front, de la fatigue, des regroupements incessants… puis une dernière nuit particulièrement intense où le skipper de Kingspan est parvenu à créer l’écart. Grâce à un décalage parfaitement senti dans les petits airs et quelques virements bien placés, l’Irlandais a progressivement pris l’ascendant pour couper, à 6 h 51 ce jeudi matin, la ligne virtuelle dessinée au large du cap Finisterre. Une victoire forte pour celui qui, un an plus tôt à Vigo, avait dû abandonner sur blessure alors qu’il défendait son titre. Cette fois, il retrouve la Galice aux avant-postes, avec le sentiment du travail bien fait mais la lucidité de savoir que tout reste encore à construire.

Vigo, un an après

Impossible, pour Tom Dolan, de ne pas repenser à ce qu’il avait vécu à Vigo l’été dernier. Le lieu restait associé à ce moment brutal où son aventure s’était arrêtée prématurément, touché au poignet et contraint à l’abandon. Alors revenir s’imposer sur ces mêmes eaux donne naturellement une saveur particulière à cette victoire. « J’étais vraiment au fond du gouffre l’an passé, donc j’avais un peu peur d’y revenir », a-t-il reconnu à son arrivée. « Mais là, les compteurs sont remis à zéro. Vigo, je peux y revenir en vacances maintenant ! », a-t-il ajouté dans un sourire. Ce succès, l’Irlandais l’a construit progressivement, sans jamais surjouer. Très vite dans le bon rythme, toujours au contact du groupe de tête et solide dans le vent soutenu, il a surtout su rester fidèle au plan qu’il s’était fixé avant le départ. « Je me sentais plutôt bien sur cette étape, surtout sur la fin. Quand tu arrives à attraper la petite risée et à partir devant, ce sont forcément des moments agréables. » Dans cette dernière nuit où tout pouvait encore basculer, le navigateur a senti qu’une ouverture existait, là où un peu plus de pression devait permettre de relancer le bateau. « J’avais bien anticipé les choses. D’autres l’ont fait aussi mais de manière un peu trop extrême. Après, je ne pensais pas que ça allait autant creuser. » Au lever du jour, l’écart était fait.

Une approche plus relâchée

Au-delà du résultat, cette première étape confirme aussi l’état d’esprit dans lequel le skipper de Kingspan aborde cette Solitaire 2026. Plus apaisé, moins focalisé sur l’enjeu brut, il semble avoir trouvé une forme d’équilibre qui lui permet de rester très juste dans ses choix. « Avec mon préparateur mental, on a beaucoup travaillé la voix interne, les petits mots que tu te dis quand tu es seul en mer. Ça m’a aidé à mieux gérer certains moments et à ne pas repartir dans ce que j’avais vécu l’année dernière. » Même un départ moyen ne l’a pas perturbé. « Je n’ai pas pris un super « start », mais ça ne m’a pas gêné. J’ai essayé de rester concentré sur ce qu’on avait préparé au niveau météo et placements. » Dans une étape marquée par des transitions délicates et des zones de molle particulièrement piégeuses, cette capacité à rester calme a compté. D’autant que le marin le reconnaît volontiers : ce sont souvent ces conditions-là qui lui semblent les plus éprouvantes. « Dans la baston, finalement, tu es dans ta grotte et tu avances. Dans la molle, c’est autre chose. Tu peux perdre énormément en très peu de temps. »

Garder les pieds sur terre

Avec cette victoire et 37 minutes d’avance sur son premier poursuivant au classement général provisoire, Tom signe évidemment une excellente opération comptable. Mais fidèle à son tempérament, le vainqueur de la Solitaire 2024 refuse déjà de regarder trop loin. « Je suis hyper heureux d’avoir gagné cette étape, mais ce n’est qu’un début. Il faut garder le même fonctionnement pour la suite. » Car l’épreuve reste ce qu’elle a toujours été : une course longue, exigeante, capable de redistribuer les cartes très vite. Le skipper de Kingspan le sait parfaitement et pense déjà à la suite du programme. « Maintenant, il va falloir récupérer, regarder la météo et se remettre dans le bain rapidement. » Le ton reste mesuré. Mais derrière cette sobriété très « Tom Dolan », le message est bien là : l’Irlandais a retrouvé son élan. Et il voudra rapidement le confirmer : dès dimanche, la flotte repartira de Vigo en direction de Pornichet pour un deuxième round long de 450 milles.