23 Mai Relâché mais loin d’être rassasié
Tom Dolan repart déjà au combat. À peine le temps de savourer sa victoire sur la première étape de La Solitaire du Figaro Paprec, conclue jeudi à Vigo, que le skipper de Kingspan s’apprête à remettre la machine en route.
Ce dimanche 24 mai à 16 heures, l’Irlandais larguera à nouveau les amarres pour un deuxième round de 450 milles en direction de Pornichet. Une manche plus courte sur le papier, mais qui pourrait bien étirer les nerfs autant que les heures. Car elle a tout du faux rythme. Celui qui use lentement, silencieusement. « La plus courte en milles… mais peut-être la plus longue en durée », résume Tom Dolan avec un sourire malicieux. Pas de grande cavalcade au programme, ni de longs surfs à pleine vitesse. La flotte devrait surtout composer avec une météo molle, des vents hésitants et une vaste zone sans air plantée sur la route. « Les fichiers annoncent à peine 7,9 nœuds de vent moyen sur l’ensemble du parcours… Ça risque de demander beaucoup de patience. » Jusqu’au cap Finisterre, les choses devraient avancer correctement. Un peu de pression, quelques accélérations, une trajectoire relativement lisible.
Puis viendra le grand ralentissement. Une sorte de ventre mou météorologique dans lequel les Figaro Beneteau 3 pourraient rester suspendus de longues heures. « Il faudra réussir à gratter le moindre souffle pour s’en sortir. » Dans ces conditions, l’épreuve risque de retrouver son visage le plus cruel : celui où il faut autant gérer l’attente que faire avancer le bateau. Où l’on avance parfois au pas, à l’affût d’une risée capable de tout relancer. « Peut-être qu’au final, on arrivera tous ensemble jeudi. Si jamais c’était le cas, ça m’irait assez bien », annonce le navigateur qui, pour mémoire, affiche 37 minutes d’avance sur son dauphin au classement provisoire. Et dans sa voix, presque une forme d’amusement face au chaos annoncé.
Il faut dire que Tom aborde cette deuxième manche avec un poids en moins sur les épaules. Sa victoire en Espagne lui a offert bien plus qu’un classement favorable : un peu d’air. « Là, j’ai moins de pression sur le résultat parce que j’ai déjà fait une bonne étape. » Une respiration précieuse dans une épreuve qui broie souvent les certitudes aussi vite que les organismes. Depuis son arrivée en Galice, le skipper de Kingspan n’a d’ailleurs pensé qu’à une chose : récupérer. « Pas de tapas, pas de restos », sourit-il. « J’ai mangé des légumes, des féculents… et j’ai dormi autant que possible » Le ton est léger, mais la méthode sérieuse. Car le marin irlandais connaît trop bien cette course pour se croire arrivé. Alors il repart comme il aime le faire : sans excès, sans projection inutile, avec cette capacité à effacer l’étape précédente dès que la suivante commence. Et sur La Solitaire, c’est souvent la meilleure manière de rester devant.

