« Compliqué au début, copieux à la fin »

« Compliqué au début, copieux à la fin »

Les apparences sont parfois trompeuses. Avec ses 630 milles entre Pornichet et Le Havre via l’estuaire de la Gironde, l’Occidentale de Sein et le phare d’Eddystone au sud de l’Angleterre, ce troisième et ultime acte de la Solitaire du Figaro Paprec est le plus long de l’édition 2026 sur le papier. Pourtant, il pourrait bien être le plus rapide sur l’eau. Un paradoxe qui résume assez bien ce qui attend les concurrents à partir de ce dimanche 31 mai à 19 heures. Tom Dolan, lui, aborde ce rendez-vous décisif dans la position que tous convoitent : celle du leader. Le skipper de Kingspan possède toutefois une avance aussi précieuse que fragile : 3 minutes et 38 secondes sur Nicolas Lunven.

Après deux séquences particulièrement intenses, l’Irlandais a au moins retrouvé quelque chose d’essentiel : du sommeil. « J’étais encore un peu dans les vapes jusqu’à hier », sourit-il. « Mais là, j’ai bien dormi. » Un détail loin d’être anodin avant de replonger dans plusieurs jours de navigation où la lucidité pourrait peser aussi lourd que la vitesse. Car le programme s’annonce particulièrement contrasté. « Ça va être compliqué au début et copieux à la fin », résume Tom avec sa concision habituelle. Le premier juge de paix se dressera rapidement sur la route de BXA. Les marins devront composer avec une dorsale et des vents mollissants, un terrain propice aux regroupements comme aux mauvais coups. « Il va falloir aller jouer dans cette zone. Ça risque d’être assez complexe », prévient-il. Une entrée en matière où il faudra accepter de naviguer avec peu de certitudes et beaucoup de patience. Puis le parcours changera complètement de visage. Une fois la dorsale derrière eux, le flux devrait s’établir au nord-ouest et accélérer sensiblement la progression de la flotte. « Après, ça va faire un peu l’élastique », explique le navigateur.

Plus les Figaro Beneteau 3 remonteront vers la Manche, plus le vent devrait prendre des tours, avec des prévisions flirtant parfois avec les 25 à 30 nœuds. Un scénario qui ne semble pas l’émouvoir outre mesure. « Ça ne me dérange pas », glisse-t-il simplement. Une réponse qui ressemble bien à l’Irlandais, rarement contrarié lorsque les conditions sont engagées. Reste que la Manche a toujours eu le goût des scénarios imprévisibles. Courants, trafic maritime, nuits hachées et fatigue accumulée y fabriquent souvent leur lot de rebondissements. « Avec de la cartouche là-haut, il se passe toujours des choses », rappelle Tom. L’arrivée est envisagée dans la nuit de mercredi à jeudi. Une illustration supplémentaire de la richesse de cette édition, dont chaque acte aura eu sa propre personnalité. D’ici là, il faudra aussi savoir gérer son énergie. « Il va falloir dormir sur la remontée. Il y aura probablement trente-six bateaux à la bannette pendant vingt-quatre heures. » Une image qui résume bien l’état d’esprit de cette fin de Solitaire : chacun cherchera à aller vite, mais aussi à rester suffisamment lucide pour saisir les opportunités lorsqu’elles se présenteront.

À l’échelle de l’épreuve, l’avance de Tom n’est ni un matelas, ni un détail. Juste assez pour entretenir l’espoir d’un deuxième sacre après celui de 2024. Et largement assez peu pour rappeler que, dans cette course plus qu’ailleurs, tout reste encore à écrire.