12 Août L’Aventura pour reprendre le fil
Deux mois après le coup d’arrêt brutal de sa Solitaire du Figaro Paprec dans le Raz de Sein, Tom Dolan s’apprête à retrouver son bateau et le fil d’une saison jusque-là menée tambour battant. En juin, alors qu’il occupait les commandes du classement général provisoire et semblait filer vers une deuxième victoire, deux ans après son sacre de 2024, tout s’était arrêté sur les rochers. Il lui aura fallu dix jours de patience et des coefficients de marée enfin favorables pour réussir l’essentiel : sauver son Figaro Beneteau 3. Depuis, les événements se sont enchaînés à vive allure. Kingspan a rejoint PL Yachting, à Port-la-Forêt, pour être remis en état, tandis que son skipper renouait déjà avec la victoire sur la Round Ireland Yacht Race en IRC aux côtés de Géry Trentesaux. Cette semaine sonnera l’heure des retrouvailles. Puis celle du large. Le 23 août, l’Irlandais prendra le départ de L’Aventura avec Gildas Mahé pour près de 2 400 milles entre Port-Bourgenay, Lagos et l’île d’Yeu. Une sacrée virée pour retrouver le jeu, avaler les milles et, surtout, prolonger ce « bon mood » qui ne semble finalement l’avoir jamais vraiment quitté.
Un été au rythme du chantier
Depuis que Kingspan a quitté le Raz de Sein, le temps s’est accéléré. À peine dégagé, le Figaro Beneteau 3 a pris la direction de Port-la-Forêt et des ateliers de PL Yachting. Le diagnostic a rapidement permis de dresser la feuille de route : remplacer la quille et le foil tribord, puis reprendre la strat’ sur une partie du bordé tribord, marqué après avoir frotté sur les rochers. Un chantier sans mauvaise surprise supplémentaire. « Au final, ce n’était pas grand-chose, seulement de petites réparations. » Encore fallait-il réussir à tout mener dans les temps. Entre le 15 juillet et le 15 août, période peu propice pour trouver hommes, pièces et disponibilités, le calendrier n’offrait quasiment aucune marge. De plus, les fortes chaleurs de ces dernières semaines sont venues ajouter leur grain de sel. « C’était vraiment le pire moment de l’année pour faire un chantier comme celui-là. Il fallait tout anticiper, ne rien oublier. Avec les canicules, les gars de PL Yachting venaient parfois à six heures du matin pour pouvoir travailler avant qu’il ne fasse trop chaud. Ils ont fait un super boulot. Quand il t’arrive une galère comme celle-là, c’est vraiment appréciable d’être aussi bien entouré. » Peu à peu, Kingspan a repris forme. À l’approche de la remise à l’eau, Tom Dolan savoure le chemin parcouru. « Ça fait du bien de se dire qu’on va repartir dans le match. » Le marin, lui, n’est pas resté longtemps à terre. Quelques semaines après La Solitaire du Figaro, il a rejoint Géry Trentesaux pour disputer la Round Ireland Yacht Race et renouer de la plus belle des manières avec la compétition, leur équipage s’imposant en IRC. Pas vraiment des vacances, donc, mais une parenthèse qui lui a offert ce dont il avait sans doute le plus envie : des milles, du plaisir et la course. Entre rendez-vous avec ses partenaires et suivi du chantier, l’été est passé à toute allure. Pas de quoi déplaire à un marin qui préfère avancer plutôt que s’attarder sur ce qui aurait pu être.
2 400 milles et beaucoup de large
La suite tombe à point nommé. Pour reprendre la barre de Kingspan en compétition, Tom Dolan ne sera pas seul. L’Aventura se dispute en double et l’Irlandais a choisi de reformer son tandem avec Gildas Mahé, son fidèle complice. Une configuration qui lui convient parfaitement à ce moment de la saison. « Repartir en duo, c’est bien : je ne retourne pas immédiatement en solo après ce qui s’est passé. » Et contrairement à Tom, son équipier a profité de l’été pour lever un peu le pied. « Gildas va arriver tout frais ! », plaisante le skipper. Le Finistérien connaît par ailleurs déjà bien le terrain puisqu’il avait passé tout un hiver à s’entraîner au Portugal à l’époque où il naviguait avec Gildas Morvan. Le programme qui attend le binôme a de quoi aiguiser les appétits. Nouvelle venue au calendrier de la Classe Figaro Beneteau et comptant pour le Championnat de France Élite de Course au Large, L’Aventura proposera deux étapes particulièrement généreuses. La première conduira les concurrents de Port-Bourgenay à Lagos, en Algarve, au terme de 1 600 milles via Madère. Il faudra ensuite remettre le cap au nord avec 783 milles à parcourir pour rallier l’île d’Yeu. « Le tracé est canon. C’est un beau voyage. C’est long, c’est du large, c’est parfait… et il n’y a pas beaucoup de cailloux ! », s’amuse Tom, preuve que son humour n’a rien perdu de son mordant. Avant de préciser, forcément : « Bon, Madère, c’est quand même un gros rocher. Mais celui-là, il faut vraiment aller le chercher ! » Derrière la boutade, l’enthousiasme est bien réel. Et l’envie, très claire. « J’ai envie de retrouver le bon mood que j’avais pendant toute La Solitaire. J’étais plutôt en forme et je le suis toujours. » Pas question, donc, de transformer L’Aventura en course de rattrapage. L’idée est bien plus simple : reprendre ses marques, partager cette longue aventure avec Gildas Mahé et se replonger pleinement dans le jeu. Avec près de 2 400 milles au programme, les occasions ne manqueront pas.
Un voyage, certainement pas une promenade
Car si le parcours donne des envies d’évasion, il promet également une course particulièrement complète. Les concurrents retrouveront d’abord un grand classique des routes atlantiques : le cap Finisterre et ses accélérations parfois musclées. « C’est toujours un endroit un peu capricieux. » Plus au sud, Madère offrira un autre casse-tête. « Il y a un énorme effet de site autour de l’île. Son contournement peut être compliqué. » Puis viendra l’approche du sud du Portugal et le fameux cap Saint-Vincent, où les phénomènes locaux pourront à nouveau peser dans le jeu. Sans oublier la question des interactions avec les orques au large de la péninsule Ibérique, un sujet nécessairement suivi de près à l’approche de l’épreuve. Avant de se projeter aussi loin, Tom doit toutefois retrouver son bateau. Une fois Kingspan remis à l’eau, chaque journée comptera avant le coup d’envoi. « On n’aura pas énormément de temps. Il faudra remettre tout au bon endroit parce qu’en ce moment, tout est un peu éparpillé partout, bien régler le mât, remettre les voiles et y aller car ça va venir très vite. » Peu de place, donc, pour multiplier les entraînements ou cogiter sur les semaines écoulées. Et cela semble finalement lui aller assez bien. « Au moins, je n’ai pas le temps de trop réfléchir. Je suis bien, donc ça va le faire. » Tom Dolan regarde désormais droit devant. Le 23 août, il sera de nouveau sur une ligne de départ, Gildas Mahé à ses côtés et une longue route à dévorer. De quoi faire ce qu’il aime le plus : naviguer, jouer et avancer. Le bon mood, en somme.

