14 Sep Quelques milles de trop
Ils auraient évidemment préféré que l’audace rapporte davantage. Ce samedi à 5 h 56, Tom Dolan et Gildas Mahé ont coupé la ligne d’arrivée de la seconde étape de L’Aventura, au large de l’île d’Yeu, en 14e position. Un classement loin de leurs ambitions après les 783 milles avalés depuis Lagos, au terme d’un pari qui leur aura finalement coûté cher. Après une longue remontée au près le long des côtes portugaises, puis une entrée dans un golfe de Gascogne où le vent s’est progressivement évaporé, les deux hommes ont décidé de provoquer les choses. Alors que la flotte se dispersait en trois groupes autour de la dorsale, ils ont choisi l’ouest et les milles supplémentaires pour aller chercher davantage de pression. Ils l’ont trouvée. Mais, pris dans leur duel avec Paul Cousin et Édouard Golbery, ils ont poussé leur option un peu trop loin et laissé filer plusieurs bateaux par une route plus directe. Deux semaines après avoir terminé la première étape à deux minutes du podium, l’Irlandais et son fidèle complice repartent cependant avec une certitude : après le brutal coup d’arrêt de la Solitaire du Figaro en juin, Kingspan est de nouveau dans le match et son skipper a retrouvé le goût du jeu.
Une route qui n’en finissait plus
« Heureusement que le départ avait été avancé de vingt-quatre heures. Sinon, je crois qu’on y serait encore ! », a souri Tom Dolan quelques heures après son arrivée. Annoncée comme très différente des 1 600 milles de la première étape entre Port-Bourgenay et Lagos, cette remontée vers l’île d’Yeu l’a été jusqu’au bout. Au sud, il a d’abord fallu s’astreindre à de longues heures de près et tirer bord après bord le long des côtes portugaises. Pas toujours parfaitement dans le tempo, Dolan et Mahé ont néanmoins réussi à rester au contact. « La première moitié, jusqu’au nord de l’Espagne, était déjà assez compliquée. On n’a pas été au top, mais on s’en est sortis autour de la cinquième ou sixième place, donc ce n’était pas si mal », a raconté l’Irlandais. La suite allait rebattre les cartes beaucoup plus franchement. Dans le golfe de Gascogne, la dorsale annoncée depuis plusieurs jours a fini par étirer une flotte jusque-là extrêmement compacte. Il fallait alors choisir : rester sur une trajectoire plus courte au risque de manquer de vent ou accepter de faire davantage de chemin pour rejoindre plus rapidement une zone mieux alimentée. « Cela faisait quelques jours qu’on regardait la situation et on sentait de plus en plus l’option qui consistait à traverser la dorsale le plus rapidement possible. Alors on l’a prise », a expliqué Tom. Kingspan a donc mis franchement de l’ouest dans sa route.
Le bon coup, poussé un peu trop loin
Le pari n’avait rien d’une fuite en avant. La pression espérée était bien au rendez-vous et, pendant un temps, le scénario restait favorable. Ce n’est pas tant le choix initial que sa gestion dans les heures suivantes que Tom Dolan regrette. « Je ne crois pas que le problème soit vraiment d’avoir choisi cette option. On l’a surtout mal gérée. On aurait clairement dû couper davantage le fromage, mais on s’est laissé happer par notre match avec Région Normandie et cela nous a fait faire beaucoup trop de route. Il y avait un moment où on pouvait encore recroiser devant pas mal de monde. » De quoi faire glisser Kingspan jusqu’à la 14e place, sans pour autant faire regretter à Tom d’avoir tenté le coup. « Ça pouvait payer », a-t-il assuré, encore surpris par l’issue de certains scénarios. « À un moment, je regardais les routages d’Hugo Dhallenne et Chloé Le Bars et je disais à Gildas : “Là, ils vont prendre 24 heures !” Et finalement, ils gagnent la manche. C’est complètement fou. Ça montre encore une fois à quel point tout peut basculer. » Dans une flotte où les Figaro Beneteau 3 naviguent à des vitesses quasiment identiques, les choix pèsent lourd. Celui de Dolan et Mahé leur a cette fois coûté cher. Mais le mauvais choix aurait peut-être été de ne pas en faire.
Remettre la machine en route
L’Aventura n’aura rien eu d’une reprise tranquille. Huit jours pour descendre jusqu’à Lagos, six autres pour remonter vers l’île d’Yeu, et un format en double qui laisse finalement peu de temps pour souffler. « C’était très intense. En double, on se pousse davantage et la cadence reste élevée presque en permanence. La course était trop courte pour trouver le rythme d’une transat et vraiment organiser son sommeil, mais suffisamment longue pour accumuler beaucoup de fatigue. Et comme les bateaux vont quasiment tous à la même vitesse, la moindre erreur se paie tout de suite. » Un autre sujet préoccupe également Tom : le risque désormais récurrent d’interactions avec les orques au large de la péninsule Ibérique. « Ça devient quand même un vrai sujet dans cette zone », a-t-il relevé. Reste que, pour Tom, L’Aventura avait aussi un autre enjeu. Après l’échouement de Kingspan dans le Raz de Sein, alors qu’il menait le classement général provisoire de la Solitaire du Figaro, puis les dix jours nécessaires pour sauver le bateau et son passage chez PL Yachting, il fallait retrouver le large et vérifier que tout fonctionnait à nouveau. La quatrième place de la première manche, à seulement deux minutes du podium, avait livré une première réponse. La seconde aura ajouté de longues heures de près, de pétole, des choix tranchés et suffisamment de matière à décortiquer. « Ça fait du bien de voir le bateau en bon état, de le sentir aller vite », a résumé le navigateur. La parenthèse L’Aventura refermée, la saison ne s’arrête d’ailleurs pas là. Tom Dolan va maintenant enchaîner des opérations de relations publiques à Lorient puis à Marseille avant de rejoindre Jérémie Beyou pour l’accompagner dans la préparation météo en amont de sa Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Une dernière séquence bien remplie avant de souffler un peu.

