03 Sep Huit jours pour retrouver le fil… et presque le podium
Ce lundi 31 août à 17 h 52, heure de Paris, l’Irlandais et son fidèle acolyte Gildas Mahé ont bouclé à Lagos les 1 600 milles de la première étape de L’Aventura, partie de Port-Bourgenay via Porto Santo, dans l’archipel de Madère. Une course particulièrement dense, entre longues cavalcades sous pression, transitions météo, systèmes dépressionnaires à négocier et bagarres à vue, achevée à deux petites minutes seulement du podium. Quatrièmes, les deux hommes terminent surtout avec quelques certitudes qui valent cher : Kingspan est redevenu le bateau qu’il était avant son échouement dans le Raz de Sein, son skipper n’a rien perdu de sa vitesse ni de son allant et le duo est immédiatement revenu au cœur du jeu. Pour une course qui devait permettre de reprendre le fil, difficile d’imaginer meilleure confirmation.
Pas le temps de voir le temps passer
À peine arrivé à Lagos, Tom Dolan accuse évidemment le coup. Pourtant, lorsqu’on lui rappelle qu’il vient de passer huit jours en mer, sa première réaction est presque l’étonnement. « Huit jours ? C’était vraiment huit jours ? » Puis le sourire revient : « Bon, si je n’ai pas eu l’impression que ça en avait duré quatorze, c’est plutôt bon signe ! » La fatigue est là, mais elle raconte surtout l’intensité d’une étape qui n’a pratiquement jamais laissé aux marins le temps de s’installer dans une routine. « C’était assez copieux. Il se passait toujours quelque chose et, au final, je n’ai vraiment pas vu la semaine passer. Là, maintenant, je la sens un peu plus ! » Il faut dire que le menu a largement tenu ses promesses. Avant le départ, Tom Dolan anticipait une course complète, rythmée par plusieurs régimes météo et des choix de positionnement permanents. Il a été servi. Le golfe de Gascogne, le cap Finisterre, la descente de la péninsule Ibérique, Porto Santo puis la remontée vers Lagos ont successivement rebattu les cartes. Il y a surtout eu cette longue cavalcade vers le sud du Portugal, menée pied au plancher. « On a fait quasiment 36 heures plein gaz, avec de l’eau partout sur le pont. C’était assez musclé ! Ça faisait un moment qu’on n’avait pas navigué dans des conditions comme ça et, franchement, c’était chouette. » Une séquence engagée, mais précieuse pour un Figaro Beneteau 3 qui n’avait retrouvé l’eau que douze jours avant le départ. « On a vraiment tout testé sur le bateau. C’était intéressant aussi sur le plan météo parce qu’on a dû négocier plusieurs systèmes, avec des transitions, des passages de fronts, des zones plus molles… Il y avait toujours quelque chose à comprendre et à gérer. »
Deux minutes, et une sacrée bagarre
Dans cette course en mouvement permanent, Kingspan et son équipage n’ont jamais décroché. Bien au contraire. Rapidement installés aux avant-postes, Tom Dolan et Gildas Mahé ont traversé le golfe de Gascogne dans le bon wagon et longtemps évolué aux premières loges. Un passage leur coûte toutefois quelques longueurs. « On était devant dès le début et on a plutôt bien géré la traversée du golfe. Le moment où on perd un peu, c’est au passage de la dépression. On était légèrement plus à l’ouest que les autres et on est restés tankés un peu plus longtemps. Mais derrière, on est revenus dans le match. » Et quel match. Dans les derniers jours, les milles avalés depuis Port-Bourgenay semblent presque s’effacer. Trois bateaux se retrouvent au contact et ne vont pratiquement plus se lâcher jusqu’à Lagos. « Pendant toute la dernière remontée, on a navigué à vue. C’était vraiment marrant. En fait, c’était une énorme étape de Solitaire ! » Du Figaro pur jus, où la fatigue n’empêche ni les réglages incessants, ni les coups d’œil vers les voisins, ni les écarts de se compter parfois en poignées de mètres. La bagarre se prolongera jusqu’à la ligne, avec cette quatrième place décrochée à seulement deux minutes du podium. « Ça a joué jusqu’au bout. Finir comme ça après huit jours de course, c’est plutôt sympa. On s’est vraiment bien marrés avec Gildas. » Le résultat laisse forcément entrevoir ce qui aurait pu basculer d’un côté ou de l’autre. Mais il confirme surtout que l’arrêt brutal de sa Solitaire du Figaro Paprec en juin n’a en rien cassé la dynamique qui était la sienne. Il avait quitté la compétition alors qu’il menait le classement général provisoire et semblait filer vers une deuxième victoire, deux ans après son sacre de 2024. Deux mois, dix jours passés à attendre de pouvoir dégager son bateau des rochers, un chantier plus tard, le voilà de nouveau capable de se battre devant. La parenthèse est bel et bien refermée.
Kingspan comme avant, Tom aussi
C’était peut-être, au-delà du classement, l’enjeu le plus important de cette première étape. Kingspan avait été remis à l’eau le 11 août après le remplacement de sa quille et de son foil tribord ainsi que la reprise d’une partie du bordé tribord. Il restait à savoir comment il se comporterait lorsqu’il serait de nouveau poussé dans ses retranchements. Au terme de 1 600 milles, la réponse tient en quelques mots. « Le bateau est nickel. J’ai retrouvé exactement les mêmes sensations qu’avant. La nouvelle quille fait juste un peu plus de bruit que l’ancienne, donc il va falloir que je mette des boules Quies ! Mais à part ça, tout est parfait. » Derrière la plaisanterie, le soulagement est réel. Après les heures passées sur les rochers du Raz de Sein puis celles consacrées à remettre Kingspan sur pied, Tom retrouve son outil intact dans ses sensations et immédiatement performant. Son propre état des lieux est tout aussi rassurant. Avant L’Aventura, l’Irlandais répétait qu’il voulait retrouver le « bon mood » qui l’avait accompagné pendant sa Solitaire et vérifier qu’il était toujours aussi performant. Cette première étape a apporté une réponse assez nette. Tom est toujours là, devant, rapide et pleinement engagé dans le jeu. Et si, en Algarve, son programme immédiat tient surtout en un mot, en l’occurrence « Dodo ! », le repos sera de courte durée. Un peu de récupération, quelques soins et quelques menus travaux sur la machine : rien de bien lourd après 1 600 milles menés à pareille intensité. De quoi rapidement tourner la page de cette première manche et regarder vers la suivante. Ce samedi 5 septembre, Tom et Gildas reprendront la mer pour 783 milles entre Lagos et l’île d’Yeu. Et le scénario qui se dessine promet de changer sensiblement de registre. La remontée vers le nord devrait, a priori, faire la part belle au près. « Si cela se confirme, on ne va pas avoir besoin de sortir toutes les voiles ! », sourit Tom. Une autre étape, d’autres contraintes et moins de la moitié de la distance qu’ils viennent d’avaler, mais encore largement de quoi faire bouger les lignes. Après huit jours passés à se battre jusqu’à deux minutes du podium, le duo sait désormais exactement où il en est. Kingspan a retrouvé toutes ses sensations, Tom toute sa vitesse. Et le jeu, lui, est loin d’être terminé.

